La vie fait parfois de drôles de détours et nous réserve malgré tout quelques belles surprises au hasard d'improbables instants volés. Improbables, parce que coincé entre le périph' et une vieille cité ouvrière de la porte de Clignancourt, il faut vraiment aller le chercher le chapiteau d'Adrienne ! Après la plage sous les pavés, nous avons eu 50 minutes de poésie sur le bitume grâce à la compagnie Au Fil du Vent et son spectacle Territoires Inimaginaires... pure black top poetry ! Simplement accompagnée du pianiste Thierry Bazin, qui tisse des ambiances musicales tout au long du spectacle, Johanna Gallard, danseuse de fil, nous ouvre les portes de son univers, et de son cœur... tout doucement... en équilibre à un mètre du sol. Avec peu d'accessoires : un assemblage de vieux cartons, un manteau élimé, de vieilles valises fatiguées, un balai, un rideau, et un surréaliste porte-manteau mécanique elle crée une suite de petites saynètes... belles, douces et fragiles comme des bulles de savons dans la lumière.
Pendant quelques instants on retrouve nos âmes d'enfants, nos yeux s'illuminent, un sourire se dessine sur nos visages et on est presque tristes lorsque en partant, l'artiste dépose avec délicatesse, une plume blanche sur son fil... On quitte le chapiteau avec l'impression de s'être fait respirer l'âme, comme si on avait pris conscience d'être resté trop longtemps en apnée dans le cynisme ambiant. Après... c'est samedi soir, le quotidien reprend son cours, on remonte le boulevard jusqu'au métro, entre deux papiers gras et un sac plastique qui vole dans les tourbillons. Il fait nuit mais on est rassuré de savoir qu'on a encore un peu de temps de cerveau disponible pour autre chose que du coca...